2. Shimazu Nariakira et le Shûseikan

Shimazu Nariakira, inspiré par la politique qu’avait menée son arrière-grand-père Shimazu Shigehide, voulait faire face à la situation complexe, tant sur le plan national qu’international, dans laquelle le Japon se trouvait. Seule la promotion de l’industrie de type occidental permettait à ses yeux d’améliorer la défense nationale et de développer les ressources économiques du pays. Au lieu-dit Iso sur le littoral de Kagoshima, il fit donc construire une série d’installations pionnières composées de hauts-fourneaux pour fondre le minerai de fer et le sable ferreux afin de produire de la fonte brute, de fours à réverbère pour travailler la fonte brute, de plateformes de foreuses pour percer les canons, et enfin d’ateliers de verrerie et de ferronnerie d’art.
En 1857, cet ensemble d’usines et d’ateliers prend le nom de « Shûseikan-jigyô » (« projet/complexe Shûseikan »)1. À son apogée, le projet Shûseikan était le complexe industriel le plus moderne et le plus important du Japon, employant 1 200 ouvriers. C’est dans ses chantiers navals que furent construits le navire de guerre de style occidental Shôheimaru et le premier navire à vapeur du Japon, le Unkômaru. Nariakira, qui avait compris la nécessité de posséder un pavillon de marine pour distinguer ses navires des bâtiments étrangers, proposa la création du drapeau « nisshô » (soleil rouge sur fond blanc) qui deviendra celui adopté par le gouvernement central.

Vue du Shûseikan

Est reproduit ici un des vingt-six feuillets de l’ouvrage « Sasshû mitori ezu » réalisé en 1857 par Senjû Dainosuke du clan de Saga, à partir de ses observations menées dans le clan Satsuma. 
Cette illustration représente, au centre, un four à réverbère, entouré de hauts fourneaux, de forges, d’ateliers de ferronnerie avec des établis de forgeron, des verreries, ainsi que d’autres installations telles que des aires de stockage de sable ferrugineux, et un canal hydraulique permettant d’acheminer l’eau pour activer une force motrice. Le document offre une vue de l’ancien Shûseikan avant sa destruction durant de la guerre anglo-Satsuma de 1863.

Portrait de Shimazu Nariakira

Shimazu Nariakira (1809-1858) a succédé à son père en tant que seigneur de Satsuma en 1851. Il a adopté une politique prônant la richesse nationale et le renforcement des forces armées, et a planifié l’introduction des sciences occidentales en lançant le projet Shûseikan. Il a également travaillé au développement des ressources humaines, en nommant des hommes tels que Saigô Takamori et Ôkubo Toshimichi, et en soutenant la formation de soldats d’élite. Au cours de la période de troubles de la fin de l’époque d’Edo, il est devenu le leader du camp Hitotsubashi sur la question de la succession au shogounat, et a planifié des réformes du gouvernement shogounal. Il est décédé prématurément en 1858.

Pot en verre kiriko à couvercle

En 1846, Shimazu Narioki (1791-1859), le seigneur de l’époque, avait invité un artisan verrier d’Edo, Yotsumoto Kamejirô, pour débuter la fabrication de verre dans le fief de Satsuma. Shimazu Nariakira fit progresser cette technique pour aboutir à des verres appelés Satsuma Kiriko. Leur forme particulière est reconnaissable à la couche de verre teintée et ciselée en divers motifs qui recouvre le verre transparent. Toutefois, certaines pièces ne sont pas recouvertes d’émail, comme ce pot à facettes doté d’un couvercle (pièce transmise au sein de la famille Tamasato – Shimazu).

  1. Le projet Shûseikan est classé depuis 2015 au patrimoine mondial de l’UNESCO : https://www.nippon.com/fr/features/l00105/ ↩︎