4 Période Yayoi et période Kofun dans le pays de Satsuma-Osumi 弥生・古墳文化と薩摩・大隅の国

La culture *Yayoi, qui a vu l’essor de la riziculture, a atteint cette région autour du IIIe siècle avant J.-C. On la retrouve jusqu’au pourtour de l’île de Tanegashima. Cependant, les terres cultivées pour la riziculture restent toujours de faible étendue, contraintes par les conditions d’un sol en roches pyroclastiques impropre à l’agriculture. À partir de la deuxième moitié du Yayoi Moyen (environ 100 av. J.-C.  – 100 apr. J.-C.), apparaissent de fortes particularités régionales.

Vers le début du Ve siècle, on commence à voir apparaître des monuments funéraires massifs (kofun) sur les côtes de la baie de Shibushi, puis progressivement dans la partie septentrionale, sur l’île de Nagashima et à Sendai. Cette sous-région du sud de l’île de Kyūshū va ensuite voir le développement de formes uniques de tombeaux, des *chambres funéraires enterrées en pierres sèches le long de la rivière Sendai, et des *sépultures enterrées en ouverture latérale sur les côtes de la baie de Shibushi et le cours supérieur de la rivière Sendai.

Dans la première moitié du VIIIe siècle, les populations locales, qui étaient connues par le pouvoir central Yamato sous les noms de « Kumaso » et « Hayato », finirent par être soumises au système administratif de la capitale (ritsuryō), en dépit des nombreuses révoltes menées par les Hayato.

Objets en coquillage du site Hirota 広田遺跡の貝製品 

Les squelettes exhumés sur le site archéologique de Hirota dans l’île de Tanegashima avaient été ensevelis avec des parures d’une grande richesse fabriqués en coquillages des mers du sud : colliers, bracelets, ceintures, etc. 

Les liens étroits qui reliaient la région aux cultures situées plus au sud dans la mer de Chine se révèlent à travers ces objets : motifs de glouton fantastique de la Chine antique (taotie) gravés en relief sur des talismans, de la monnaie-coquillage à motif de lunettes, des bijoux figurant des dragons prenant leur envol, etc.

Objets en coquillage du site Hirota

Vase (céramique de type Takahashi I) 壺(髙橋I式土器) 

De nouvelles formes de céramiques et d’outillage en pierre ont été introduites depuis le nord de Kyūshū en même temps que la riziculture. Les céramiques de la période Yayoi se décomposent principalement en trois types de poteries : les vases pour la conservation des aliments, les jarres pour la cuisson, et les plats surélevés pour la présentation des mets. Le type Takahashi I de ces céramiques, du Yayoi Ancien (vers 400-300 av. J.-C. – 100 ap. J.-C.), ressemble par sa forme et ses motifs aux céramiques du nord de Kyūshū de la même époque. On y remarque, comme ici sur la panse, des stries caractéristiques appelées ayasugimon.

Vase (céramique de type Takahashi I)

Chambre funéraire enterrée en pierres sèches 地下式板石積石室 

Certaines tombes de la période Kofun étaient constituées de chambres funéraires rectangulaires ou rondes dans lesquelles étaient ensevelis les morts. Construits en pierres sèches à deux mètres de profondeur, ces tombeaux étaient ensuite recouverts de terre, puis surélevés par des pierres plates. Leur répartition s’étend principalement le long de la rivière Sendai, à la partie méridionale du département de Kumamoto, et vers l’est aux environs de la ville de Ebino dans le département de Miyazaki. On y retrouve parfois de riches objets funéraires comme des armures, des perles ou des harnais.

Sépulture enterrée en ouverture latérale 地下式横穴 

Pour un autre type de sépulture de l’époque Kofun, on creusait un large trou de trois mètres de profondeur avant d’installer latéralement le mort dans une chambre funéraire. Celle-ci pouvait être ronde ou rectangulaire, et pourvue parfois d’un plafond. Des exemples de ces tombes ont été découverts dans le sud du département limitrophe de Miyazaki, et, dans celui de Kagoshima, sur les côtes de la baie de Shibushi et le long du cours supérieur de la rivière Sendai. Dans la baie de Shibushi, les défunts étaient enterrés dans des cercueils taillés en roche ponce. 

Poteries et objets en fer sur le site de Narikawa 成川遺跡出土の土器・鉄器

Les poteries datant de l’époque Kofun présentent généralement de grandes disparités selon les régions. Par exemple, sur le site de Narikawa dans l’agglomération de Yamakawa, les jarres retrouvées ont des bords épais et sont munis de pieds ; les pots présentent de larges franges sur le côté, sur lesquelles ont été incrustées de motifs circulaires ou en forme de demi-lune ; des coupes à pied et des pots de petite taille ont été peints en rouge. Par ailleurs, on y a retrouvé des objets en fer, des armes principalement (lames, sabres, pointes de flèche), ayant toutes des formes particulières.

Poteries et objets en fer sur le site de Narikawa

Objets funéraires du kofun Shiragane 白金古墳出土の副葬品 

 Si les tumulus funéraires (kofun) du département de Kagoshima sont connus pour être peu pourvus en objets funéraires, l’île de Nagashima en revanche a livré de nombreux objets renfermés dans ses kofun. Le kofun de Shiragane par exemple s’est révélé particulièrement riche en bijoux. Près de 130 objets de parures y ont été dénombrés, notamment des anneaux en or et en argent, des perles en forme de croc (magatama), des tubes et des billes percées, etc. La plupart ont été fabriqués en verre, mais certains sont en jade ou en agate, dans une grande variété de coloris. 

Le tertre des Hayato 隼人の塚

Sur ce tertre situé dans la commune de Hayato-chō, s’élèvent des stupas étagés et des statues en pierre représentant les Quatre Rois Célestes (Shi-Tennō). Selon la légende, le tertre rendrait hommage aux Kumaso vaincus par les empereurs Keikō (règne 71 ?-130 ?) et Chūai (règne 192 ?-200 ?), et serviraient à consoler les âmes des hommes et des femmes tués durant les rébellions des Hayato. Toutefois, la datation historique des stupas et des statues les fait remonter au plus tôt à la fin de l’époque Heian (795-1185). D’ailleurs, ce tertre a changé de nom au fil du temps : Tertre du Temple de l’Éveil (Bodaiji-tsuka), Tertre des Kumaso, etc., ce qui ne correspondent pas nécessairement à la légende.

Le tertre des Hayato

Poterie avec caricatures à l’encre 墨書戯画土器 

Retrouvé sur le site de l’ancien gouvernorat de Satsuma (Satsuma-kokufu) situé dans la ville actuelle de Satsuma-Sendai, ce fond de coupe en céramique de style hajiki,caractéristique de l’antiquité japonaise, présente des dessins peints à l’encre sur ses deux faces. D’un côté, on y voit une femme poitrine dénuée, observée par une autre qui s’en amuse ; sur l’envers sont figurés une femme, portant un objet à la main gauche et faisant bouger ses manches, et un homme assis un éventail à la main, habillé d’une tunique d’apparat suikanet d’un hakama court. Ces scènes semblent s’inspirer de cérémonies rituelles dédiées à l’éloignement des influences néfastes. On peut noter également le style pictural de l’époque de Heian (795-1185) caractérisé par la forme des « yeux étirés et nez en crochet » (hikime kagihana).

Poterie avec caricatures à l’encre