5 La préhistoire d’Amami 奄美の先史時代

Les îles situées au sud du département de Kagoshima, qui forment ce qu’on appelle l’archipel Satsunan, se divisent schématiquement en trois aires culturelles. Les îles d’Ōsumi les plus au nord appartiennent à la même aire culturelle que le sud de Kyūshū ; les îles Tokara forment une aire culturelle mêlant les éléments culturels du sud de Kyūshū et ceux d’Amami ; les îles Amami ont quant à elles des caractéristiques culturelles similaires à la culture d’Okinawa. 

Les types et les décors des céramiques, bien qu’y soient perceptibles des influences mineures venues du sud-Kyūshū, présentent des formes particulières dans les îles d’Amami. Pour l’outillage également, en raison de la rareté de matériau lithique résistant qui puisse servir à fabriquer des outils en pierre, on recourait à des *coquillages de grande taille abondants dans les mers du sud, comme les turbos Lunatica marmorata (yakōgai) et les clams géants Tridacnides (shakogai). De même pour les parures et les bijoux, des coquillages, des os et des dents ont été utilisés en grand nombre. Le mode de vie, principalement tourné vers la mer, a tardivement connu l’introduction de la riziculture.

Monnaie de coquillage à forme de glouton légendaire hybride 変形とうてすもん貝符

On a exhumé de nombreux objets fabriqués à partir de coquillages dans les îles méridionales du Japon, notamment des fragments de coquillages sculptés servant de monnaie d’échange ou de talisman, appelés kai-fu et kai-satsu. Celui-ci, issu du site archéologique de Sauchi dans le district de Kasari au nord de l’île principale d’Amami, porte un motif ressemblant au glouton Taotie, un animal légendaire de l’antiquité chinoise qui ornait les objets en bronze, et qui a essaimé dans les régions côtières du sud-est de la Chine. Ce type de monnaie de coquillage est commun à de nombreux sites des îles du sud-ouest du Japon, à partir de l’île de Tanegashima.

Monnaie de coquillage à forme de glouton légendaire taotie hybride

Les poteries Sueki 類須恵器 

Les poteries Sueki, céramiques des îles Amami et de l’archipel d’Okinawa et dont la plupart datent du moyen âge (XIIe-XIVe siècles), sont des porcelaines résistantes comptant quatre types :  pot, jarre, vase et coupe. Les pots portent des motifs caractéristiques de vagues, imprimées en creux sur leur flan, comme celui-ci exhumé à Sendai dans le village de Sumiyō. Les techniques de lissage des jarres, comme la forme des vases et des coupes, sont également uniques. Deux sites de fours ont été retrouvés à Isen sur l’île de Tokunoshima dans l’archipel Amami.

Bol (céramique de type Omonawa-tōdō) 深鉢(面縄東洞式土器)

Les poteries d’Amami, également appelées  « poteries des îles du sud » (Nantō-doki) , sont bien identifiables par leurs formes et leurs motifs. Les céramiques exhumées dans l’amas coquillier d’Ushuku à Kasari (céramiques de type Omonawa-tōdō) ont été datées de l’époque Jōmon tardif (2500-1300 av. J.C.) en raison de la présence d’autres poteries Ichiki, remontant à cette période, dans la première couche du site. Sur ce vase à fond plat, au col évasé vers l’extérieur et épaissi, on voit des motifs de treillis, dessinés au moyen d’une sorte de spatule ; l’influence des poteries Ichiki s’y devine.