L’archipel Nansei est parsemé de zones considérées comme sacrées. La religion animiste Nirai-kanai, pratiquée principalement dans les îles Ryūkyū (Okinawa), y est encore bien présente, comme dans l’agglomération de Tatsugō sur la grande île d’Amami, où l’on pratique le rituel de *Hirase mankai.
Ces îles connaissent l’usage de pirogues monoxyles qui étaient employées jusqu’à récemment pour la pêche et les déplacements. Les *pirogues Subune de la grande île d’Amami et la *pirogue monoxyle ronde de l’île de Tanegashima sont des embarcations entièrement creusées dans un seul tronc d’arbre. Par leur forme et leur fonction, ils rappellent les bateaux des îles de l’Asie du Sud-Est et de la péninsule indochinoise. Leur mode de navigation ressemble à ce qui se pratique en Asie du Sud-Est et dans le sud de la Chine.
Par ailleurs, les multiples *fêtes masquées sur l’archipel Nansei partagent des caractéristiques similaires avec les festivités du sud de la Mélanésie où des participants masqués et déguisés font leur apparition.
Ainsi, le Sud-Kyūshū faisait-il figure de porte d’entrée par laquelle arrivent les influences culturelles venues du sud.
Rite de Hirase-mankai (classé bien culturel immatériel important) 平瀬マンカイ(重要無形文化財)
À Akina, village de la commune de Tatsugo sur l’île d’Amami, une cérémonie appelée Arasetsu est organisée chaque année le premier jour du 8ème mois dans l’ancien calendrier lunaire. Durant cette fête, l’esprit du riz est accueilli, censé venir depuis l’autre côté de la mer, de Nirai kanai, et durant laquelle on rend grâce pour les bonnes récoltes. À l’aube, les hommes construisent une cabane qui va servir à honorer l’esprit du riz, puis pour le rite de shochogama. À la nuit tombée, se déroule ensuite le rite de Hirase-mankai : des prêtresses noro et un groupe d’hommes et de femmes se relaient en haut des deux rochers Kami-hirase et Meyarabe-hirase pour y chanter des poèmes et remuer leurs bras en guise d’invitation à l’esprit du riz.

Pirogue monoxyle de la grande île d’Amami 奄美大島のスブネ
Ce « canot évidé » (kuribune), appelé subune sur l’île d’Amami, a été fabriqué dans un tronc d’arbre (camélia variété Schima wallichii) entièrement évidé par un charpentier. Sa forme ressemble à un bambou fendu en deux. Sans godille, ni voile, ni gouvernail, il était manié au moyen d’une pagaie appelée yoho, ou d’une gaule dans les rivières. Utilisé autrefois pour la pêche et le transport d’hommes ou des marchandises, il n’est plus en usage aujourd’hui.

Pirogue de Tanegashima 種子島の丸木舟
Ce modèle de « canot évidé » (kuribune) a été fabriqué par un charpentier de la ville de Nishi-no-omote dans un tronc de pin Pinus amamiana. La coque, à la forme hybride entre bambou fendu et bonite séchée (katsuobushi), a une proue pointue. Le principal dispositif de propulsion était la godille, la voile n’étant utilisée que comme dispositif secondaire. Par gros temps, deux pirogues pouvaient être fixées l’une à l’autre, reliées entre elles par une traverse accrochée sur le plat-bord par un réseau de bambous. Elles naviguaient alors à la façon d’un catamaran à voile. Ce mode de navigation est également courant en Asie du Sud-Est.

Démon オニ
Il s’agit d’un déguisement porté par le « démon » (oni) afin d’éloigner les mauvais esprits au moment du festival Oni-oi (Chasse du démon) qui se tient chaque année dans la nuit du 7 janvier au sanctuaire Kumano de Fukagawa (ville de Soo). L’objet se compose d’un panier en bambou avec deux cornes en paille, auquel sont attachées les unes sur les autres des bandelettes votives de papier (hei). Un homme de 25 ans, âge considéré comme néfaste, doit prendre l’apparence d’un démon avec ce déguisement. Muni de « mains de démons » et accompagné de deux acolytes, il poursuit et effraie l’assistance. À la fin, des fèves grillées sont distribuées, et les gens ramassent les bandelettes de papier tombées au sol pour les remporter chez eux et s’en servir de décorations.

Masque メン
Le premier et le deuxième jour du 8ème mois de l’ancien calendrier lunaire, des danses appelées Hassaku ont lieu sur l’île Iō-jima. Au beau milieu des danses apparaît le Mendon (« Seigneur masqué ») qui vient purifier l’assistance. Chaque garçon doit fabriquer un masque de Mendon à ses 14 ans. L’armature du masque, formée d’un panier en bambou sur lequel sont accrochés des anneaux en bambou, est recouverte de feuilles de papier collées, peintes en noir et décorées de motifs rouges. Ces motifs, en croisillon et en spirale, ont des formes caractéristiques. Le Mendon est incarné par un jeune homme qui porte, outre le masque, des branchages au-dessus de sa tête, une longue cape en jonc kaya, et à la main des branches d’arbustes.

Masques de Shodon Shibaya 諸鈍芝居のメン
Le Shodon Shibaya est un spectacle traditionnel mêlant marionnettes et danses qui se transmet à Shodon sur la petite île Kakeroma-jima de l’archipel Amami. Il est classé sur la liste des importants biens culturels immatériels nationaux. La représentation a lieu le 9ème du 9ème mois de l’ancien calendrier lunaire, dans l’enceinte du sanctuaire Ōchon consacré à Taira no Sukemori, un guerrier Heike vaincu. Les acteurs, tous masculins, mettent des masques faits en papier appelés kabidira et dansent en portant des costumes dont la particularité est d’avoir un pantalon près du corps et des manches serrées. On retrouve ici des éléments des arts traditionnels du spectacle d’Okinawa et ceux de la métropole japonaise.

Boze ボゼ
Sur l’île Akuseki-jima de l’archipel Tokara, les danses de la fête des morts d’O-Bon, qui ont lieu le 16ème jour du 7ème mois selon le calendrier lunaire, sont perturbées par l’apparition de personnages masqués appelés Boze. Ces masques sont fabriqués dans le plus grand secret deux jours plus tôt. Sur une armature formée de paniers et de lamelles de bambou, des feuilles de papiers sont collées, peintes avec un fond de couleur marron, puis réhaussées de motifs noirs et rouges. Les jeunes qui s’en déguisent doivent préalablement se couvrir le corps de feuilles de lataniers, et s’entourer les mains et les chevilles d’écorces de Trachycarpus. Parce qu’ils ramènent la vie au moment critique où les morts sont de retour, on considère ces personnages comme des divinités de l’extérieur bénéfiques, ou Raihō-shin.
