3. L’essor de l’école lettrée du Sud-Satsuma

Au XVe siècle, la culture raffinée de la capitale commence à se diffuser dans les provinces, notamment à partir des guerres d’Ônin (1467-77)1. Le seigneur Shimazu Tadamasa, lui-même un fin lettré, invita le moine savant Keian Genju2 à s’installer à Kagoshima en 1478.

Keian Genju se consacra à la propagation de la pensée néo-confucéenne du philosophe chinois Zhu Xi3. Il publia notamment la première édition japonaise du « Commentaire de la Grande Etude » (Daxue zhangju) de Zhu Xi. Il se consacra par ailleurs à la formation de disciples et joua un rôle essentiel dans l’essor des savoirs lettrés au Japon, influencés par les classiques chinois.

L’enseignement de Keian Genju, qui s’est transmis à travers Geccho Gentoku, Ichiō Genshin, Bunshi Genshō, Tomari Jochiku puis Aikō Kijun, fut appelé «école lettrée du Sud-Satsuma» (Satsunan-gakuha).

Cette école devint le socle de  la formation des guerriers de Satsuma.

De même, elle eut une grande influence ultérieurement dans tout le Japon à l’époque prémoderne d’Edo. Parallèlement aux études confucéennes, ces savoirs se répandirent en effet largement au sein des guerriers et des moines, à travers la poésie de types waka et renga, ainsi que dans la cérémonie de thé.

  1. Guerres d’Ônin (1467-77) :
    Le shogun Ashikaga Yoshimasa peine à avoir des enfants et il choisit dans un premier temps son frère pour lui succéder. Lorsqu’il lui nait un fils, Yoshihisa, ses vassaux se rangent dans des camps adverses. Une longue période de lutte s’ouvre alors pour la domination individuelle des daimyos, débouchant sur un conflit généralisé entre toutes les maisons pour dominer l’ensemble du Japon. ↩︎
  2. Le moine zen Keian Genju (1427-1508):
    A son retour de Chine où il séjourna sept ans, les guerres civiles d’Ônin qui déchirent le Japon le contraignent à s’installer à Satsuma pour y enseigner et diffuser le néo-confucianisme. ↩︎
  3. Confucius et le néoconfucianisme de  Zhu Xi (1130 – 1200) :
    Zhu Xi 朱熹  (1130- 1200) est un éminent érudit de la dynastie chinoise Song (960-1279) dont les interprétations sur la philosophie de Confucius (551 av. J.-C. à Zou – 479 av. J.-C.) sont devenues la forme orthodoxe de l’apprentissage confucéen « traditionnel » en Chine à partir du XIVème siècle.
    Au Japon également, son « néo-confucianisme » devint un enseignement philosophique fondamental. Il structura les valeurs de la société japonais durant toute la période pré-moderne d’Edo, et, encore aujourd’hui, les valeurs et les coutumes de la société japonaise sont fortement imprégnées de la philosophie de Confucius.
    Si le confucianisme initial était marqué par des idéaux humanistes qui incitaient l’homme à atteindre un état élevé de réalisation de soi, dans le néo-confucianisme en revanche l’accent est mis sur l’idée que chaque membre de la société doit se comporter correctement selon sa position : un père doit être un bon père, un paysan un bon paysan, etc… ↩︎