Durant la période qui s’entend de la remise en cause du gouvernement shogounal d’Edo (à partir de la moitié du XIXe siècle) à la restauration impériale de Meiji (1868), les habitants de Kagoshima ont été, à trois moments clés de leur histoire, des acteurs majeurs qui mobilisèrent leurs énergies et les expériences accumulées au fil des siècles pour contribuer à l’émergence d’un Japon moderne. Les transformations sociales engendrées par ces évènements se feront sentir jusque que dans les années 1940.
1) À la veille de la restauration de Meiji
Le clan Shimazu s’était rangé dans le camp des armées de l’ouest, opposé au clan Tokugawa, lors de la bataille de Sekigahara (1600). Arrivés au pouvoir, les shoguns Tokugawa d’Edo mirent le fief de Satsuma sous surveillance et tentèrent de le mater. Satsuma fut notamment contraint de prendre en charge les lourds travaux d’aménagement du fleuve Kiso, au centre du Japon. Déjà endetté, le fief de Satsuma vit alors ses finances aggravées par les prêts engagés pour ces travaux. Les réformes menées à l’ère Tenpō (1830-1844) imposèrent de lourds impôts aux paysans et aux marchands pour remettre ces finances d’aplomb. Les samouraïs, quant à eux, étaient astreints de se former dans des écoles : le Zōshikan, l’école du fief, l’Enbukan, centre d’entraînement aux arts martiaux, ou les gōchū, un système original d’enseignement des cadets par les aînés ; on leur y inculquait l’esprit de « loyauté et piété filiale », de « bienveillance et humanité », et de « simplicité et courage ».
Shimazu Nariakira (1809-1858), grâce aux finances assainies par ses prédécesseurs et des ressources humaines bien formées, se lança dans l’introduction des savoirs et des techniques modernes venus d’Europe (projet Shūseikan). La défaite du fief lors de la guerre anglo-Satsuma de 1863 le décida à s’engager résolument dans une politique d’ouverture : envoi d’étudiants à l’étranger, participation à l’exposition universelle de Paris (1867).
2) Restauration de Meiji et Kagoshima
L’ouverture du Japon qu’exigeaient les puissances occidentales de longue date fut provoquée par l’arrivée des « bateaux noirs » du Commodore Perry en 1853. Après la longue période de fermeture qui avait précédé (sakoku), ce basculement déclencha des troubles intérieurs et des mouvements politiques extrémistes. Le fief de Satsuma, dans un premier temps, a tenu une ligne de compromis entre guerriers et noblesse de cour (kōbu gattai), puis il se rapprocha du parti pro-empereur (sonnō jōi, littéralement « révérer l’empereur, expulser les barbares »). Satsuma signa finalement un accord secret avec le fief de Chōshū, à la tête du parti anti-shogounal, à la suite du bombardement de Shimonoseki par les forces navales britanniques, hollandaises, françaises et américaines, en septembre 1864. Les deux fiefs jouèrent un rôle central durant la guerre de Boshin qui aboutit au renversement du pouvoir shogounal et à la restauration de l’empereur au centre du système politique (Restauration de Meiji, 1868).
Le nouveau gouvernement de Meiji désirait faire du Japon un État moderne et prit des mesures administratives fortes comme la disparition des fiefs et la mise en place de départements, ou encore la réforme de l’impôt foncier. Kagoshima ne fit pas exception. Le fief de Satsuma fut aboli et les départements de Kagoshima et de Miyakonojō instaurés à la place.
En 1877, éclata la « rébellion de Satsuma », également connue sous le nom de « guerre du Sud-Ouest » (Seinan-sensō). De jeunes militaires d’une école d’artillerie locale, insatisfaits du gouvernement central, prirent les armes avec à leur tête Saigō Takamori, qui avait échoué à convaincre les membres du gouvernement d’envoyer une expédition militaire en Corée.
3) Le Japon moderne et Kagoshima
Une fois terminée la guerre du Sud-Ouest de 1877, les administrations locales se sont engagées dans des politiques de modernisation des régions du Japon. L’industrialisation connut un essor remarquable au niveau national et permit au Japon de faire jeu égal avec les puissances occidentales. Dans le département de Kagoshima, cependant, c’est surtout l’agriculture qui bénéficia de l’attention des nouvelles politiques économiques.

Le XIXe siècle à Kagoshima (Source : Céline Zuretti)